Discours de François Hollande, Premier Secrétaire
Chers camarades, ici, au Mans, le message de notre congrès est limpide, simple, évident : les socialistes sont désormais tous rassemblés pour servir la France.Notre congrès était attendu. Ce congrès était redouté, y compris par nous.
On nous annonçait le pire, nous avons réussi le meilleur.
Notre rendez-vous était décisif, on le sentait bien, d’abord parce que
c’était le centenaire, cela crée des obligations à cet âge, ensuite
parce que nous sommes à dix-huit mois d’une échéance décisive, après
trois ans et demi de politiques de droite, destructrices pour la
France. Enfin, le contexte nous obligeait à renouer le fil, ce contexte
qui est celui d’une crise sans précédent que traverse notre pays.
Alors, notre congrès, son résultat, mais aussi son déroulement, est une
bonne nouvelle. Une bonne nouvelle pour les socialistes, bien sûr,
après tant de mois de débats internes qui finissaient par nous lasser
et surtout qui commençaient à lasser nos électeurs. C’est une bonne
nouvelle pour la gauche, qui trouve, quand nous allons bien, que nous
sommes trop forts, et qui commençait, et je ne m’en plains pas, à
s’inquiéter de nos propres divisions. Eh bien que la gauche soit
rassurée, le Parti socialiste est uni, et c’est autour que la gauche va
se rassembler. Et puis notre congrès est une bonne nouvelle pour la
France, la France qui aspire au changement sans encore l’entrevoir. La
France qui espère sans trop y croire l’alternance.
Nous avons répondu comme il convenait :l’unité est faite. La volonté s’est affirmée, et la vérité a été dite.
Soyez-en tous remerciés. D’abord les amis de la Sarthe et du Mans,
Jean-Claude Boulard, le maire, Patrick Delpech, le Premier secrétaire
de la fédération, ce succès, nous vous le devons, car l’accueil compte
beaucoup, l’hospitalité aussi, et la météo nous a servi. Elle aussi
était de bonne humeur.
Remercier également les délégations étrangères qui nous retournaient
cette belle formule internationaliste : « Socialistes de France,
unissez-vous. » Nous l’avons fait. Et puis remercier les délégués du
congrès pour votre attitude tout au long de ces trois jours qui a fait
souffler un esprit de rassemblement sur la commission des résolutions.
Je sais que notre synthèse n’allait pas de soi, qu’elle faisait débat
au sein de chaque sensibilité, qu’elle pouvait se faire, et c’était le
risque, dans la confusion, l’artifice, le faux-semblant.
Alors, pour nous, cette synthèse n’est pas la conclusion d’un moment,
une habileté de langage ou d’écriture, un compromis savant qui ne
durerait pas huit jours. Non. Cette synthèse, c’est un processus, c’est
une dynamique, c’est une force, c’est une action en mouvement, c’est
cette synthèse qui va permettre maintenant de changer la donne.
Si les socialistes ont rendu possible cette synthèse, c’est parce
qu’ils ont tous fait l’effort et qu’ils doivent en être fiers. D’abord,
dans la motion majoritaire, qui aurait pu considérer qu’elle avait
toute liberté pour diriger le parti dans le respect du vote, mais qui a
su comprendre que 55% de socialistes, c’est bien, mais 100% de socialistes, c’est mieux.
Et puis, les amis des autres motions qui auraient pu s’incliner sans
rien céder de leurs convictions en attendant des jours meilleurs,
c’est-à-dire des jours pires pour nous tous, et qui ont regardé au-delà
de cette enceinte, au-delà de leurs propres intérêts, au-delà de leur
propre sensibilité, et qui comme les amis de la motion 1, ont voulu
s’adresser à tous ceux qui ne sont pas là, c’est-à-dire d’abord aux
Français, à ceux qui espèrent en nous, qui attendent de nous, qui
veulent une gauche forte, et qui attendent un Parti socialiste uni.
Nous l’avons fait.
Chers camarades, vous n’avez pas, en faisant ce vote servi simplement
votre parti, vous avez servi la politique, parce que moi je suis fier
d’être dans un parti avec des sensibilités, et pas seulement des
personnalités, un parti qui sait ouvrir le débat. Mais je le dis aussi,
en prenant une formule bien ancienne, d’un camarade qui n’était pas
socialiste mais qui était quand même un camarade : « Il faut à un
moment savoir terminer un débat. » Terminer le débat dans la cohésion
et dans le respect.
C’est ce rassemblement aujourd’hui qui nous permet de dépasser ce qui
nous a séparés, le oui, le non, sans rien renier les uns ou les autres
de nos convictions, sans rien oublier non plus du vote qui était
intervenu au sein de notre parti, sans rien occulter non plus du vote
prononcé par le pays, et qui nous amène aujourd’hui ensemble à regarder
vers l’avenir, et non pas à nous tourner de manière rituelle,
insupportable, vers le passé. Le seul mois de mai qui nous intéresse
aujourd’hui, c’est le mois de mai 2007, pas le mois de mai 2005.
Voilà le mois de mai qu’il faut réussir ensemble.
Notre rassemblement doit effacer les amertumes, il y en a. Les
blessures, il y en a eu, les mots inutiles, trop nombreux dans notre
famille politique. Et les comportements, nous ne les oublierons pas,
mais ils ne sont plus d’actualité. Le temps de la confrontation entre
socialistes est fini.
Ce qui doit aujourd’hui nous mobiliser tous, c’est le combat principal
contre la droite, c’est l’enjeu de l’échéance de 2007. Je n’ai pas
d’adversaires, plus d’adversaires au sein du Parti socialiste, je ne
vais pas gagner des batailles contre d’autres socialistes, c’est contre
la droite ensemble qu’il faut maintenant partir en mouvement, pour
aller jusqu’à la conquête en 2007. Voilà le temps venu de nous adresser
aux Français, de leur redonner espoir en nous, de porter un projet et
de répondre enfin à leurs problèmes.
Notre congrès du Mans se tient à un moment exceptionnel. La France
vient de vivre une crise d’une immense gravité. Trois semaines
d’émeutes urbaines, 10 000 voitures brûlées, des écoles saccagées, des
agents publics agressés, 3 000 jeunes interpellés, beaucoup condamnés,
bref, un immense gâchis qui révèle l’état de notre société, les ratés
de notre modèle républicain, mais aussi l’échec de la droite.
Et permettez-moi de commencer par là, non par esprit de système, mais
par lucidité, car tout de même, qui a supprimé les emplois jeunes de
notre pays, qui a démantelé la police de proximité, qui a réduit les
subventions aux associations, qui a renoncé à la prévention ? La
droite. Qui a abandonné les services publics, qui a renoncé à la
priorité pour l’école, qui a surchargé les collectivités locales même
les plus pauvres, qui a troqué la laïcité républicaine contre le
communautarisme électoral ? La droite. Qui a allumé les mèches par ses
provocations verbales ? Qui a même récidivé, comme par bravade, par
foucade, et sans doute par calcul ? Car l’échec de l’UMP, et c’est bien
ce qui doit aujourd’hui nous interpeller, est aussi une opportunité
pour elle de choisir son terrain, pour la prochaine confrontation, de
trouver son registre dans les thématiques de l’extrême droite, où l’on
accuse maintenant les enfants de polygames d’être les fauteurs de
troubles dans les banlieues, où l’on met en cause le regroupement
familial, où l’on pointe l’immigré comme le responsable de
l’insécurité. Et l’on ressort le complot islamiste pour expliquer ce
qui s’est produit. Hélas, la droite crée le désordre social pour
incarner l’ordre public, alors qu’elle ne parvient même pas à faire
respecter l’autorité de l’État.
Qu’aurait-elle dit si ces émeutes s’étaient produites avec un
gouvernement de gauche ? Le laxisme aurait été dénoncé, les
responsabilités pointées, les démissions exigées. Il est possible même
que le président de la République, celui-là, serait même intervenu plus
tôt à la télévision pour dénoncer la situation. C’est possible, c’est
certain.
Mais nous ne pouvons pas le savoir parce que, quand même, il faut le
dire, quand nous étions, nous, aux responsabilités, il n’y a jamais eu
d’émeutes urbaines pendant trois semaines, jamais eu ces violences, ces
déchaînés attaquant les services publics et notamment les écoles
saccagées, non pas qu’il n’y avait pas de crise, mais elle n’avait pas
pris cette intensité. La poudrière, comme l’a dit Claude Dilain, le
maire de Clichy-sous-Bois, n’avait pas explosé, même si, sans doute,
était-elle déjà présente.
Ce serait en effet trop simple que de laisser penser que cette crise
n’aurait qu’un caractère conjoncturel, qu’elle ne tiendrait qu’à une
maladresse, qu’à un cortège de mauvaises décisions ; c’est plus grave.
Cette crise, elle est l’accumulation de choix collectifs. C’est une
politique urbaine inhumaine, qui entasse les mêmes populations dans les
mêmes quartiers, qui maintient des jeunes sans formation, sans
qualification, qui propose une politique éducative uniforme, qui met
les emplois en dehors des quartiers populaires. Bref, nous avons aussi
notre part dans ces choix collectifs et nous devons les assumer.
Mais notre société est devenue discriminatoire. Aux inégalités sociales
que vivent les habitants de ces quartiers, se sont ajoutées des
discriminations dont ils sont victimes, pour l’accès à la formation, à
l’emploi, au logement, aux loisirs, pour l’accès même à la citoyenneté.
Ils sont à la fois pauvres et différents, double fatalité qui pèse sur
eux.
Ce n’est pas simplement une crise sociale que notre pays traverse, mais
une crise démocratique. Autant un problème de budget, de priorités,
qu’une question de sens, car les jeunes de ces quartiers ne vivent pas
simplement une condition économique défavorisée, et c’est le cas, avec
le chômage, la précarité, les faibles revenus, mais une condition
humaine de relégués dans des cités devenues des ghettos.
Cela n’excuse pas les violences, d’autant moins qu’elles frappent les
biens individuels de ceux qui vivent dans ces quartiers et les biens
collectifs prévus pour leur famille.
La République ne peut accepter le manquement à la loi, l’atteinte aux
biens et aux personnes, et la mise en cause de ses symboles. Je pense
notamment aux écoles, encore faut-il que la République elle-même
réponde à ses promesses d’égalité et de fraternité. Or elle apparaît,
cette République que nous chérissons tant, sur notre territoire, comme
une devise à éclipses, comme une ligne en pointillés, comme un cadre
éclaté. Où est la République quand l’école ne retient pas ses élèves,
quand il y a 20 000 ou 30 000 déscolarisés ? Où est la République quand
des jeunes ne sont pas conduits à un diplôme ? Où est la République
quand le taux d’échec scolaire dans ces quartiers est trois fois
supérieur à la moyenne nationale ?
Où est la République quand l’université, de rêve longtemps
inaccessible, devient une réalité sans débouchés, faute de moyens,
faute d’encadrement, faute de véritable orientation ?
Où est la République quand le droit du travail se réduit, au mieux, à
la précarité, à l’intérim, et au pire, au désoeuvrement et au trafic ?
Où est la République quand il devient impossible de sortir de son
quartier pour y trouver un logement, et quand les centres villes
installent de nouvelles frontières, de nouveaux barrages, avec les
banlieues.
Où est la République quand les parents ne peuvent voter aux élections locales, et quand les enfants ne peuvent s’y faire élire ?
Où est la République quand on ferme purement et simplement la porte à
ces hommes et à ces femmes des plus hautes assemblées représentatives
de la Nation ?
On a cherché vainement, chers camarades, les députés issus de l’immigration. On ne les a pas trouvés.
Il y avait bien un ministre, il n’a pas été sans courage face à son
collègue de l’Intérieur, mais il est apparu pour ce qu’il était, un
symbole. Oui, un symbole de solitude et nous en portons nous aussi la
responsabilité.
Le suffrage universel, en France, existe depuis 1945. Mais il n’existe
toujours pas de fonctions électives universelles dans la République
puisque certains n’y ont toujours pas accès aujourd’hui.
L’un de nous disait que le bulletin de vote a peut-être perdu lui aussi
du pouvoir d’achat. Sans doute. Mais il reste l’instrument du
changement, le moyen de renverser la donne, de briser la fatalité. À
nous de rendre ce bulletin de vote utile, à nous de rendre la politique
crédible, à nous de le montrer chaque jour sûrement avec nos maires,
avec nos élus.
Et je dois dire, pour garder peut-être une image de notre congrès, que
l’intervention de Claude Dilain a été pour nous tous un élément à la
fois de fierté et d’interrogation. Merci à tous les maires socialistes
d’avoir fait votre travail, merci aux élus des Départements, des
Régions d’avoir assumé votre tâche.
Mais cela ne peut pas suffire. Nous ne sommes pas là simplement pour
être disponibles, pour éviter les incendies, pour amortir les chocs.
Nous aspirons à gouverner, alors engageons-nous. Nous proposons, à
travers la résolution qui va vous être distribuée au terme de ce
congrès, nous proposons une loi de programmation pour les quartiers.
Il faut maintenant garantir un engagement durable de l’État, fournir un
effort massif de la Nation, autant en direction des habitants que des
territoires. Cette loi engagera des moyens financiers à hauteur de 1 %
de la richesse nationale par an. L’exécution de cette loi sera vérifiée
par la tenue d’une conférence annuelle rassemblant les élus locaux, les
services publics, les associations, les travailleurs de terrain. Et ces
associations ne peuvent plus être considérées comme les seuls
intermédiaires pour régler la crise. Ce sont d’abord les politiques
publiques qui doivent intervenir. La seconde priorité que nous mettons,
c’est celle pour l’éducation. Nous nous engageons donc à ramener les
effectifs à quinze par classe dans les établissements qui sont dans ces
quartiers.
Nous nous engageons à créer un service public de l’accompagnement
scolaire dans ces villes, nous nous engageons à nous mobiliser pour une
obligation scolaire à 16 ans, mais une obligation scolaire qui permette
une formation, une qualification, une ouverture. Nous reviendrons bien
sûr sur la décision d’ouvrir l’apprentissage dès 14. Nous ne pouvons
pas l’accepter, faut-il encore que tous les enfants de moins de 16 ans
soient dans l’école, oui dans l’école, et pas simplement pour attendre
mais pour en recevoir la formation qu’ils espèrent et qui ne doit pas
les désespérer.
La troisième priorité, c’est une mobilisation pour l’emploi et une
lutte résolue contre les discriminations : rétablissement immédiat des
emplois jeunes, volontarisme républicain fondé sur des critères sociaux
et en aucun cas ethniques pour assurer la promotion des jeunes des
quartiers populaires, permettre leur accès aux universités, aux grandes
écoles de la République et à la fonction publique de l’État et des
territoires. Renforcement des clauses d’insertion dans tous les appels
d’offres publics. Et, enfin, rappel au patronat de sa responsabilité
sociale à travers des obligations qui seront faites aux entreprises en
matière d’embauche de salariés habitant dans les quartiers populaires.
Le quatrième engagement, c’est bien sûr de permettre une meilleure
répartition de l’effort de construction de logements sociaux en faisant
en sorte que les pénalités soient réellement dissuasives lorsque des
maires ne respectent pas la loi SRU et en faisant en sorte que les
maires et les communes qui, en revanche, ne la respectent reçoivent des
subventions supplémentaires. On n’est pas simplement là pour pénaliser,
on est aussi là pour favoriser, aider, soutenir.
Et puis, chers camarades, allons jusqu’au bout dans cet engagement,
changeons la fiscalité locale pour que l’impôt local soit fonction du
revenu et qu’à partir de là ce ne soit pas les plus pauvres qui souvent
paient la charge la plus élevée comme contribuables quand on accorde
des baisses d’impôt aux plus riches.
Répartissons différemment les dotations de l’État sur le territoire
parce que c’est insupportable cette péréquation à rebours des intérêts
de la population. Comment imaginer que les communes riches puissent
encore recevoir des dotations de l’État quand dans trop de communes,
pas forcément d’ailleurs dans ces quartiers, il y a une insuffisance de
soutien de la part de l’État ? Il faudra changer les règles, cela
coûtera sans doute y compris des communes socialistes, mais cela ne
coûtera pas à la République, cela l’enrichira et cela donnera aux élus
les moyens d’agir et de changer.
C’est pourquoi je veux, à travers ce plan, démontrer que la gauche est
plus crédible pour la tranquillité et la sécurité publique que la
droite. Ne laissons pas s’installer cette fausse idée qui nous a fait
tant de mal dans le passé, qu’il faudrait finalement consentir au moins
à la droite cet avantage : elle serait plus ferme quand la gauche
serait supposée laxiste. Mais rien n’est plus faux, l’ordre public ne
peut reposer sur le désarroi social et que ce qui fait la force de la
gauche, c’est de démontrer que la justice sociale est un facteur de
stabilité et de paix civile, qu’il n’empêche pas bien sûr le respect de
la loi, qu’il exige même, qui demande à la police d’être là, oui,
toujours là, et pas simplement lorsqu’il y a émeutes ou violence. Nous
voulons une police présente, une police proche et pas des brigades
anti-criminalité qui viennent pour rétablir l’ordre pour quelques
minutes, mais jamais pour très longtemps.
Voilà, pourquoi sur ces sujets nous devons être à l’offensive.
Plus largement, nous avons voulu faire du congrès du Mans un congrès
utile pour les Français. Qu’attendent-ils de nous ? Une opposition
forte à la droite ? Sûrement. Un
projet audacieux et crédible ? Assurément et le plus tôt possible. Et
une confiance dans la politique et dans le Parti socialiste.
Je vais reprendre ces trois points pour clôturer notre congrès.
Oui, il faut marquer notre opposition à la droite. Dans l’histoire de
la République, la gauche, chaque fois qu’elle s’est située dans
l’opposition, et cela lui est arrivé plus souvent qu’à l’ordinaire,
s’est toujours convaincue qu’elle faisait face à la droite la plus
réactionnaire jusque-là rencontrée. Mais aujourd’hui il s’agit
peut-être d’autre chose. C’est vrai que les conservateurs ne déçoivent
jamais. Ils vont toujours au-delà de ce que l’on peut craindre d’eux.
Je ne voudrais pas relativiser la dureté des combats passés, c’était
dur sans doute de mener la bataille contre la politique de de Gaulle et
de Pompidou, c’était sans doute difficile de lutter contre la politique
de Giscard et de Barre, et chacun a en mémoire aussi plus récemment les
politiques économiques de Balladur ou de Juppé. Oui, elles étaient bien
réactionnaires, bien conservatrices, bien libérales.
Mais aujourd’hui c’est autre chose car, en trois ans et demi, la
droite aura mis l’économie française en faillite, la cohésion sociale
en miettes, le modèle républicain en procès et les institutions en
crise. C’est beaucoup, convenons-en. Ils s’y sont mis d’ailleurs à deux Premiers ministres et à un président de la République.
Mais c’est beaucoup sans doute encore plus que les Français eux-mêmes,
et même ceux qui sont en colère l’imaginent. C’est grave car les
conditions mêmes de l’alternance peuvent s’en trouver obérées. C’est
exceptionnel parce que la France en est la première victime et que la
crise de confiance ne frappe pas simplement les auteurs de cette
politique, mais la République et la démocratie. Autour de la mise en
cause de ce qu’on appelle le modèle français, là est le danger. L’échec
de la droite est ainsi mis au service de son objectif. Plus elle
échoue, plus elle met en cause sa cible, le démantèlement de l’État et
des droits fondamentaux. Et c’est pourquoi, et c’est notre rôle de le
faire, il faut revenir sans cesse à sa responsabilité.
Oui, la droite a mis l’économie en faillite, et je ne me
livre pas là à une facilité verbale pour cause de congrès. Non
seulement la croissance s’est affaissée, mais l’investissement privé
stagne depuis 2002, le pouvoir d’achat est anémié. Elle n’a pas réussi
simplement à diminuer la demande, faute de consommation, malgré des
baisses d’impôts aux plus favorisés, elle a aussi diminué l’offre
productive et malgré l’emploi des allégements de cotisations sociales
accordées aux entreprises.
Dès lors, l’échec est à la fois économique et social. Le chômage reste
autour de 10 % de la population active et les diminutions récentes ne
trompent personne puisqu’elles sont dues essentiellement aux emplois
aidés, cent mille depuis le début de l’année, aux radiations et aux
stages. Et avec 15,5 millions de salariés aujourd’hui, le secteur privé
n’a toujours pas retrouvé le niveau d’emploi de 2002. Ce qui veut dire
quoi ? Que depuis trois ans et demi la droite n’a créé aucun emploi
supplémentaire quand la gauche, de 1997 à 2002, avec Lionel Jospin, en
avait créé 2 millions.
Voilà la faillite de la politique de la droite !
Mais elle est aussi financière : le déficit de l’État qui est supérieur
à 3 % de la richesse nationale depuis 2002 conduit le gouvernement non
pas simplement, à se défausser sur les collectivités locales, mais à
privatiser les autoroutes, EDF, GDF, non même plus pour toucher le
produit de ces privatisations, mais pour hériter de soultes que versent
les entreprises pour payer les retraites de ces agents dans quelques
années.
Ainsi le déficit est aujourd’hui considéré comme excessif par les
autorités de Bruxelles, l’endettement public atteint des niveaux
records, sans doute 70 % de la richesse nationale à la fin de la
législature, et pour autant le gouvernement continue ses baisses
d’impôts. Comment comprendre ?
Les diminutions d’impôt aujourd’hui ne sont pas simplement injustes
socialement, inefficaces économiquement, mais absurdes budgétairement
parce que financées par emprunt puisqu’il y a déficit structurel. Pour
accorder des cadeaux aux riches, le Trésor public emprunte sur les
marchés. Et qui paiera ? Les générations présentes, mais aussi les
générations futures.
Voilà ce qu’est une faillite.
Le déficit de la Sécurité sociale atteint des niveaux records, 12
milliards d’euros pour l’assurance maladie, l’UNEDIC ne peut plus
boucler ses fins de mois, l’ensemble des régimes sociaux fonctionne à
crédit.
Et que dire du commerce extérieur ? Son déficit atteint un niveau
historique. On ne sait pas si ce cela va être 25 ou 30 milliards
d’euros. Ce qui veut dire quoi ? Que la compétitivité des entreprises
s’est dégradée depuis trois ans et demi révèle cette vérité cruelle :
le gouvernement ne défend pas les entreprises, il défend simplement les
actionnaires.
Une droite incapable, incompétente, impuissante, ne dites jamais, ne
laissez jamais dire que la droite sait gérer l’économie française, et
pire même, comme un bon père de famille. Or avec des bons pères de
familles comme cela, on préfère encore être orphelin.
En trois ans et demi, la droite aura mis la cohésion sociale en
miettes, la précarité est devenue la règle, la stabilité l’exception.
Droit du travail avec le contrat nouvelle embauche qui n’a créé aucun
emploi supplémentaire, qui s’est substitué au contrat à durée
indéterminée, comme nous l’avions annoncé. Et puis la fin des 35
heures, les stages non payés, et les règles de négociation collective
mises en cause.
Sur la protection sociale, les régimes de retraite qui ont été
réformés, c’est-à-dire en fait les régimes de répartition qui ont été
mis en cause, la capitalisation installée. L’assurance maladie, où
c’est maintenant la responsabilité individuelle qui est la règle, avec
1 € par consultation, 15 € de forfait hospitalier, et maintenant ce
forfait de 18 € sur les actes lourds. Et l’on nous dit que ce serait
indifférent pour les assurés sociaux, que ce serait payé par les
mutuelles et par les assurances complémentaires, mais qui sont donc
ceux qui paient les mutuelles et les assurances complémentaires dans
notre pays ?
Cohésion sociale en miettes avec une politique fiscale à rebours, là
encore des principes d’égalité, un bouclier fiscal pour alléger l’impôt
sur la fortune sans le dire, et une baisse de l’impôt sur le revenu, 4
MM€. Certes, au-delà de 2007, on a d’ici là encore un moyen de sauver
l’équilibre fiscal ! Et je pense que les Français l’utiliseront. Mais 4
MM€ pour qui ? Pour les plus malheureux, pour les plus nécessiteux ?
Non, pour les plus riches, parce que pour le gouvernement, les plus
nécessiteux, ce sont les plus riches.
Enfin, la droite aura mis ce modèle républicain en procès. La faiblesse
de l’État sert de prétexte au dévoiement de la décentralisation, les
insuffisances de l’école pour justifier sa marchandisation, le poids de
l’impôt, notamment pour démanteler la progressivité, l’endettement des
entreprises pour permettre leur privatisation. Et encore récemment, la
persistance de la violence, de l’insécurité, pour recourir à des lois
d’exception.
Je l’ai dit, tous les échecs de la droite deviennent des opportunités
pour saper les fondements même de l’État républicain et les principes
de l’État Providence.
Cohésion sociale en miettes, modèle républicain en crise et institutions en déroute, la droite a érigé l’irresponsabilité en principe.
Le président de la République décide de tout, mais n’est engagé par
rien. Il tient son mandat directement du peuple, mais ne tient aucun
compte de son expression, ni aux élections régionales, ni aux élections
européennes, ni même lors du référendum du 29 mai.
Il promet, comme un candidat, mais n’agit jamais comme un président. Et
que dire que son statut pénal qui devait être réformé la première année
de son second mandat, et qui n’est toujours pas voté, et qui sans doute
ne le sera jamais, en tout cas sous cette législature.
Ce système d’irresponsabilité a touché tout l’Exécutif. Le Premier
ministre, qui veut apparaître comme un homme neuf, nous dit-on, alors
qu’il est depuis dix ans associé à toutes les décisions de Jacques
Chirac. Il prétend agir au nom de l’intérêt général, et il ne fait que
céder aux intérêts particuliers. Il retrouve les accents du patriotisme
économique, mais il brade le capital public, avec les autoroutes ou les
entreprises d’énergie.
Il n’est pas élu, il en tire même fierté, mais j’ai cru comprendre
qu’il était aussi candidat, d’où cette compétition qui s’est engagée
avec son ministre de l’Intérieur au sommet de l’Etat.
Quant à Nicolas Sarkozy lui-même, c’est le champion de
l’irresponsabilité. Ministre de l’Intérieur, il aura connu la plus
grande explosion de violence de notre histoire récente, et il voudrait
s’ériger champion de la lutte contre l’insécurité.
Ministre des Finances quelques mois, il aura mis la croissance en berne
et les déficits en hausse. Il arrive même à faire oublier qu’il est
aussi président de l’UMP, on l’avait deviné, président du Conseil
général, il l’est encore, des Hauts-de-Seine, et candidat à l’élection
présidentielle, il l’est toujours, tout le temps.
Mais c’est surtout un ministre de lui-même, ce n’est pas un ministre de
l’Intérieur. Il nous dit qu’il parle comme tout le monde, mais le rôle
d’un ministre, surtout de l’Intérieur, n’est pas de parler comme tout
le monde, c’est de parler pour tout le monde.
Mais il est tellement obsédé par lui-même, par sa candidature, par sa
campagne, qu’il est un agent de sa propre propagande, une propagande
néanmoins et, je le dis avec gravité, aux frais de l’État. Chaque fois
qu’il se déplace, se déplace-t-il comme président de l’UMP ? Comme
ministre de l’Intérieur ? Comme candidat à l’élection présidentielle ?
Où en est-on ?
N’acceptons plus cette confusion des genres. Exigeons cette séparation essentielle en République des pouvoirs et des rôles.
Ainsi va notre République sous la droite, victime des comportements de
ceux qui devraient la préserver. République accusée de fautes commises
par ses propres occupants, République utilisée comme un bouclier pour
protéger un pouvoir qui échoue.
Eh bien, je vous le dis, en 2007 il sera nécessaire de rompre
avec le chiraquisme dans toute sa dimension, pas simplement avec
l’homme, mais avec sa politique, avec ses pratiques, avec ce système.
Oui, il faut rompre avec le chiraquisme qui a gangrené d’une certaine
manière l’usage qu’on devait faire de la République. 2007, de ce point
de vue, sera une rupture nécessaire indispensable.
Mes chers camarades, il nous faut aussi, et c’est l’objet de ce congrès, offrir une alternative,
nous retrouver sur le projet, nous l’avons fait, changer le monde
avons-nous dit. La mondialisation, elle est là et nous n’avons pas
décidé, même par un vote de congrès, d’en sortir. Qui le croirait ?
Mais la mondialisation n’est pas une fatalité. Ce n’est pas un ordre
immuable, un libéralisme irréversible. Elle doit être dominée par la
politique à l’échelle internationale, c’est elle qui décide autour des
principes de droit, de la régulation, du partage.
Et donc, pour nous, le droit, c’est d’abord les institutions
internationales, l’ONU. La régulation, c’est ce que nous proposons, un
Conseil de sécurité économique avec des normes sociales,
environnementales, publiques qui permettent justement de dominer le
marché. Et le partage, qui pour nous est une obligation, c’est d’abord
l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Première condition.
C’est une autre organisation des marchés, deuxième condition.
C’est aussi une mise en cause de la politique agricole commune telle
qu’elle est aujourd’hui. Et moi je ne me désole pas de voir le
Président de la République s’arc-bouter toujours sur les mêmes outils
de politique agricole qui mettent le Tiers Monde, et notamment
l’Afrique, dans une situation de désolation.
Et puis il nous faut, si nous croyons à cette belle idée de changer le
monde, alors être exigeant à l’égard de l’Internationale socialiste
présente ici. Nous voulons une grande organisation, nous voulons un
parti à l’échelle du monde, et nous en sommes loin. À nous de porter
cette volonté, à nous de faire avec les socialistes ici présents de
cette Internationale socialiste une vraie alter mondialisation, mais
cela dépendra aussi de nous, à condition de considérer, nous
socialistes français, que les socialistes d’autres pays peuvent nous
apporter leur expérience, leur crédit, leur confiance.
Changer le monde, changer l’Europe. L’Europe fait partie,
et nous l’avons tous dit, de notre idéal socialiste, même si l’idéal
socialiste ne se réduit pas à l’Europe. Et nul ne peut se réjouir ici,
qu’il ait voté oui ou qu’il ait voté non, de l’état de l’Union
européenne : pas de Constitution, nous étions pour une Constitution ;
pas de budget ; pas de projet ; pas de frontières reconnues ; mais
revanche que de projets de directives libérales, de dérégulations, de
privatisations, de déréglementation. Voilà l’Europe telle qu’elle est,
une Europe en panne. Et la crise jusqu’à présent n’a rien eu de
salutaire. Depuis le 29 mai, c’est vrai, le Traité constitutionnel
n’est plus.
En d’autres termes, quand on dit qu’il n’est plus, c’est qu’il est
mort. C’est la conséquence du vote est intervenu en France et nous,
socialistes, respectons le vote populaire. C’est notre devoir premier
de républicains, comme nous respectons, je le sais, le vote militant
parce que c’est notre devoir de socialistes.
Alors, comment sortir, de cette Europe en panne ? Ce n’est pas la
droite qui y parviendra, parce que fondamentalement la droite
européenne, et la droite française en particulier, n’est plus favorable
à l’intégration européenne. C’est le fait nouveau de ces dernières
années. Très longtemps la démocratie chrétienne dans toutes ses formes,
y compris les plus dévoyées, était pour la construction européenne.
Aujourd’hui les droites à l’échelle européenne ont ce qu’elles veulent
: le marché. Et rien que le marché. Ils ont réussi même, ces
conservateurs, à se débarrasser du fardeau institutionnel, et ils sont
lancés dans un élargissement sans fin pour faire perdre à l’Union
européenne, justement, sa dynamique politique. Alors, si la droite ne
peut pas changer l’Europe, c’est à la gauche, et seulement à la gauche,
avec tous ceux qui voudront bien l’accompagner, de trouver les clés
pour une relance de l’Europe.
La gauche, je le dis, européenne, pas seulement la gauche française,
parce que l’Europe, pas plus que le socialisme, ne se fait dans un seul
pays. On voudrait bien, nous, et on l’a montré ici, que l’Europe soit
aux couleurs de la France, non pas simplement de la France, aux
couleurs du socialisme français, là encore, pas simplement aux couleurs
du socialisme français, parfois aux couleurs d’une sensibilité
socialiste particulière.
Et puis, quand on n’y arrive pas, on voudrait amasser d’autres apports,
d’autres conforts, eh bien non ! On fera l’Europe, désolé de vous
l’avouer tout à trac, avec les Européens, et je veux faire l’Europe
avec les progressistes d’Europe, avec tous les progressistes.
Mais aujourd’hui, il va falloir procéder par étapes. Et je vous le dis
tout net, il serait aujourd’hui incompréhensible de reprendre la
démarche institutionnelle sans qu’on ait réglé les autres questions de
la construction européenne. Cela ne peut être que la conclusion d’une
relance qui doit commencer d’abord par la croissance et par l’emploi,
et c’est là que nous nous sommes retrouvés hier, en accord, tous
ensemble, pour dire d’abord un gouvernement économique, face à une
Banque centrale européenne, dont on doit maintenant s’assurer que son
objectif, c’est le plein emploi, et pas simplement la lutte contre
l’inflation, c’est fait.
On doit faire en sorte que les objectifs de l’Europe économique, ce
soit la recherche, la formation, la qualification, et ne laissons pas
simplement Tony Blair tenir ce discours, sans d’ailleurs mettre le
moindre euro, qu’il n’a pas dans son propre pays, le moindre euro au
service de cette noble cause. Oui, il faut d’abord faire l’Europe de
l’emploi, il faut d’abord faire l’Europe sociale, à travers des
protections, oui, des protections, permettant de lutter contre des
formes de délocalisation insupportables, permettant de faire des
harmonisations fiscales dans la zone euro, parce qu’il va bien falloir
partir de la zone euro si nous voulons faire cela. Nous n’avons pas
fait simplement une monnaie unique pour que les marchés puissent
s’organiser mieux. Nous avions l’espoir avec François Mitterrand, avec
Pierre Bérégovoy, avec Jacques Delors, nous avions l’espoir, pas
l’illusion, le rêve qui n’était pas une chimère, de faire que l’euro
soit l’amorce d’une construction politique d’un espace cohérent. Eh
bien, faisons-le, faisons cette Europe-là, faisons cette Europe qui
permette l’harmonisation des politiques.
Il faudra ensuite porter le budget européen à un niveau compatible avec
nos objectifs. et c’était presque une plaisanterie de voir la
discussion qui s’engage : est-ce cela va faire 1,02 ou 1,12 de la
richesse européenne, que l’on va consacrer au budget de l’Union ? Eh
bien nous, nous affirmons, tous ensemble, c’est 2% de la richesse
européenne qu’il faut consacrer à l’Union européenne. On est Européen
pour 2%, ce n’est quand même pas si ambitieux, que nous ne pourrions
pas y parvenir.
Et moi, je suis d’accord avec ceux qui ont dit qu’il faut recourir à
l’emprunt, si l’on veut financer les investissements de demain en
Europe pour la recherche, pour la technologie, pour les
infrastructures, pour la diversification énergétique.
Et c’est après, une fois qu’on aura déjà fait tout cela et davantage,
qu’on pourra reparler d’institutions et porter ensemble avec les
socialistes européens, les Verts et la gauche européenne toute entière,
un nouveau traité, avec une démarche démocratique pour son élaboration,
avec des frontières reconnues pour éviter que d’autres polémiques
viennent interférer.
Et puis si nous pouvions avoir ce futur traité élaboré
démocratiquement, nous le ferions ratifier dans tous les pays, le même
jour, et par les mêmes procédures, cela aurait quand même un autre
sens, un autre engagement pour l’Europe !
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